Prodigieuses créatures
J'adore Tracy Chevalier, j'ai pratiquement lu tous ses livres : La Jeune Fille à la Perle, La Dame à la licorne, Le Récital des Anges, L'innocence ... il ne me manque plus que La Vierge en bleu.
Et donc, voici son dernier roman : Prodigieuses Créatures, de Tracy Chevalier, éd. Cavalier Bleu (offert par mon frère pour mon anniversaire, merci Georges !).

Tout commence un peu comme dans un roman de Jane Austen ... Louise, Margaret et Elisabeth, suite au mariage de leur frère, se voient contraintes de quitter la demeure familiale et la vie londonnienne trépidante pour aller s'installer dans un petit cottage à Lyme Regis, ville côtière beaucoup moins à la mode que les stations balnéaires comme Brigton ou Bath ... mais la narratrice, Elisabeth, n'a aucune illusion, et elle sait déjà qu'elle et ses soeurs sont condamnées au célibat ... cela ne la gêne pas outre mesure, d'autant qu'elle se découvre bientôt une passion pour la recherche de fossiles, et plus particulièrement de poissons fossiles, sur les plages et au pied des falaises argileuses de son nouveau lieu de résidence ... c'est dans ces lieux insolites pour une femme qu'elle fait la connaissance de la jeune Mary, chasseuse de curios (comme les habitants du coin appellent les fossiles) qu'elle revend aux touristes pour quelques shillings ... mais la jeune Mary est douée, elle a l'oeil pour repérer les fossiles, et elle apprend vite. Au contact d'Elisabeth, la jeune Mary va apprendre à discipliner ses capacités et à developper ses dons.
Bien plus que l'histoire d'une amitié entre deux femmes d'extraction différente, ce livre relate un bouleversement dans l'histoire des idées : la découverte des fossiles remet en cause la vision du monde imposée par une lecture littérale de la Bible qui veut que le monde ai été créé par Dieu en 6 jours, et qu'il soit resté en l'état depuis ... mais la découverte des premières créatures fossilisées impossibles à identifier remet tout cela en cause, et ouvre la voie aux théories de l'évolution d'un Darwin ... et de façon tout aussi intéressante, il met en lumière le mépris dans lequel les femmes étaient tenues par le monde scientifique, et le manque total de reconnaissance de ce même monde envers celle qui a réellement découvert ces créatures prodigieuses ...
Captivant, et construit comme tous les autres romans de Tracy Chevalier sur l'alternance de deux voix, celle d'Elisabeth et celle de Mary, ce roman réussit à la prouesse de vous tenir en haleine de la première à la dernière page ... et je peux vous dire qu'en le refermant je n'avais qu'une envie : me procurer au plus vite un livre qui m'en dise un peu plus sur ces fameux fossiles !
Les Trois Lumières
Un fort joli titre pour un court roman : Les trois lumières, de Claire Keegan, éd. Sabine Wespieser.

C'est l'été. Un été sec et chaud qui met à rude épreuve la terre et les hommes. La jeune narratrice, aînée d'une famille (trop) nombreuse, est emmenée par son père pour passer quelques temps chez un couple qu'elle ne connaît pas. Au cours de l'été, la fillette va apprendre à connaître ce couple qui l'accueille par amitié pour sa mère, et à se connaître aussi un peu mieux.
Difficile de résumer ce court roman qui se présente comme une tranche de vie, quelques semaines d'été dans la vie d'une enfant que l'on devine au fil des pages renfermée sur elle-même, et dans celle d'un couple apparemment sans secrets ... de part et d'autre, un lent travail d'approche et d'apprivoisement va finalement entrouvrir bien des portes ...
J'ai beaucoup aimé l'atmosphère et l'écriture de cette histoire, le quotidien des personnages, le rythme lent de la vie dans ces petites bourgades étouffées par la chaleur de cet été-là ...
Merci Maryline pour ce livre que j'ai beaucoup aimé !
La Dame de Pique ... EDIT
Les bonnes âmes diront que j'ai choisi l'ordre chronologique pour attaquer ma PAL ...
Les mauvaises langues que j'ai pris le parti de commencer par le plus petit nombre de pages ...
Et la réalité, c'est que j'ai attrapé le premier qui me tombait sous la main une après-midi en montant coucher les gremlins à la sieste ... et c'est tombé sur le petit recueil de nouvelles de Pouchkine offert à mon anniversaire par mon amie Maryline.

En lisant ce recueil, j'ai d'abord voulu combler une lacune ... je n'avais jamais rien lu de Pouchkine, écrivain russe du XIXème siècle, et il me semblait judicieux de commencer par ces quelques pages ... je connaissais de titre la nouvelle éponyme, mais absolument pas les 5 autres nouvelles, réunis sous la titre "Les Récits de feu Ivan Petrovitch Belkine" ... et pourtant, je les ai préférés à la première, qui manquait un peu de piquant à mon goût pour une histoire fantastique. Les titres de ces 5 autres récits sont : Le coup de pistolet, La Tempête de neige, Le Marchand de cercueils, Le Maître de Poste, La Demoiselle paysanne. Mes préférés sont sans conteste les deux derniers. Difficile de résumer des nouvelles, donc je ne m'y risquerais pas, je vous dirais juste que ce sont de petits contes pour certains teintés de fantastique (mais bien loin en intensité d'un Mérimée, par exemple), et bien écrits, suffisamment pour me donner envie d'en lire d'autres...
Par contre, très mauvais point pour l'appareillage critique, personnellement, j'ai horreur que l'on me gâche tout le plaisir de la lecture en décortiquant l'histoire, ses rebondissements et sa fin AVANT le texte ! Il serait mieux venu de se contenter d'une très courte introduction et de réserver l'analyse critique à la fin du volume ou après chaque histoire ! Vous me direz, je n'avais qu'à pas lire ces textes introductifs, mais je suis du genre à lire un livre de A à Z, sans rien sauter ...
Et pour me motiver, voici un petit lien que vous trouverez en bas de chaque article sur un livre de ma PAL 2012, pour voir mon avancée :
La voilà enfin ... ma PAL 2012 ! EDIT
Vous vous souvenez, je vous avais annoncé qu'en broderie, l'année 2012 serait placée sous le signe de la Raison ... finir quelques encours avant d'en commencer d'autres, ne pas se laisser prendre dans le tourbillon ...
Pour mes lectures, c'est pareil, alors, j'ai décidé de faire la liste des titres contenus dans ma PAL 2012 (comprenez Pile-A-Lire, enfin un acronyme en français sur la toile, profitons-en !) ... attention les yeux !
- La Dame de Pique, et Les Récits de feu Ivan Petrovitch Belkine, de Pouchkine, éd. Livre de Poche (article du 29 janvier 2012)
- Les Petites Filles du soleil, d'Anne Tyler, éd. Calmann-Lévy.
- Kushiel tome 2, de Jacqueline Carey, éd. Bragelonne.
- Kushiel tome 3, de Jacqueline Carey, éd. Bragelonne.
- Belle, de Robin McKinley, éd. Mnémos.
- Bal de Givre à New-York, de Fabrice Colin, éd. Albin Michel Wiz.
- C'est ici qu'on se quitte, de Jonathan Tropper, éd. 10/18.
- Le Livre des choses perdues, de John Connolly, éd. J'ai Lu.
- Une Odeur de Gingembre, d'Oswald Wynd, éd. Folio.
- L'Ombre du Vent, de Carlos Ruiz Zafon, éd. Livre de Poche.
- L'épouse de bois, de Terry Windling, éd. Les Moutons Electriques.
- The Dragon Keeper (book 1 of the Rain Wild Chronicles), de Robin Hobb, éd. Harper Voyager.
- No et moi, de Delphine de Vigan, éd. Livre de Poche.
- Les Trois Lumières, de Claire Keegan, éd. Sabine Wespieser. (article du 13 février 2012)
- Des Fleurs pour Algernon, Daniel Keyes, éd. J'ai Lu.
- Les Sorcières de Skelleftestad, tome 1 L'Etrange mariage de Nils Swedenborg, éd. Ecole des Loisirs Medium.
- Prodigieuses Créatures, de Tracy Chevalier, éd. Quai Voltaire. (article du 20 février 2012)
- Mother India, Manil Suri, éd. Livre de Poche.
- Le Club des Incorrigibles Optimistes, de Jean-Michel Guenassia, éd. France Loisirs.
- La Passion selon 5 matous, de Martine Pilate, éd. France Loisirs.
- Le club des 5, Fantômette, Oui-Oui et les autres ..., d'Armelle Leroy et Laurent Chollet, éd. Hors-Collection.
- Loin de Chandigarh, de Tarun J Tejpal, éd. Livre de Poche.
- The Bonnesetter's Daugther, d'Amy Tan, éd. Ballantine Books.
- [Pro] Créations, anthologie dirigée par Lucie Chenu, éd. Glyphes.
- I heart you, you haunt me, de Lisa Schroeder, éd. Simon Pulse.
- Les Îles Glorieuses, tome 1 Clairvoyante, de Glenda Larker, éd. France Loisirs.
- Les Îles Glorieuses, tome 2 Guérisseur, de Glenda Larker, éd. France Loisirs.
- Les Îles Glorieuses, tome 1 Corrompue, de Glenda Larker, éd. France Loisirs.
EDIT du 23 janvier :
Un oubli (et ce n'est peut-être pas le seul) :
- Rosa Candida, d'Audur Ava Ólafsdóttir, éd. France Loisirs.
Evidemment, d'autres livres vont certainement venir se greffer sur cette liste en cours d'année, comme par exemple le dernier volet de la trilogie 19Q4 de Murakami qui doit paraître au printemps, ou encore les livres que je pourrais recevoir par le biais de l'opération Masse Critique de Babelio qui rouvre ses portes lundi prochain ...
Bon, maintenant, la question est : vais-je arriver à lire tout ça cette année ... ?
Et la question subsidaire : par quoi vais-je commencer ?
EDIT du 29 janvier :
à chaque nouvelle lecture, cette liste sera mise à jour !
Un papillon sauvage
Après l'album Le Lion Noir dont je vous parlais hier, voici le roman que j'ai reçu grâce à l'opération Masse Critique : Un Papillon sauvage, de Joëlle Ecormier, aux Editions Océan, collection "Océan Fiction Ados" (une maison d'éditions que je ne connaissais, sise en la belle île de La Réunion).

Miky a 14 ans, et supporte très mal la petite ville étriquée de Galforquin où il est né ... et donc, il passe son temps à faire de mauvais coups. Sauf que l'été de ses 14 ans, sa mère a décidé de réagir en l'empêchant de mal tourner et de se faire renvoyer de l'école ; il devra donc passer tous ses après-midis loin de sa petite bande et de leurs divertissements d'adolescents, enfermé dans la bibliothèque municipale de Galforquin et sous la surveillance de la bibliothécaire, une femme sévère et malveillante ...
80 ans plus tard, Miky est de retour dans cette bibliothèque où sa vie a changé l'été de ses 14 ans, et il se souvient de tout ce qui s'y est passé, et de ce qui en a découlé ...
J'ai beaucoup aimé la citation de Dolto qui ouvre le livre, parce qu'elle m'a semblé bien adaptée à plusieurs personnages que j'ai rencontrés dans mes lectures récentes :
"Si l'adolescent a un projet, même à long terme, il est sauvé. Il fait des choses pour nourrir ce projet. C'est ce qui rend l'attente supportable dans le purgatoire de la jeunesse, dans cet état d'impuissance et de dépendance économique."
C'est un petit roman intéressant, je pense qu'il plaira aux jeunes lecteurs (à partir de 10-12 ans, il me semble), avec son héros rebelle, le jeune Miky, et les touches de fantastique et d'aventures qui interviennent dans une histoire plutôt réaliste ... j'ai beaucoup aimé le personnage que Miky rencontre à la bibliothèque ce fameux été, mais je ne vous en dirais pas plus pour ne pas déflorer l'intrigue !
Le Lion noir
Le dernier opus de Masse Critique était consacré à la littérature jeunesse, et j'ai eu la chance d'être tirée au sort pour recevoir deux livres, un album et un roman.
Je vous présente aujourd'hui l'album : Le Lion noir, de Jisun Lee, éditions du Pommier, collection "Les bouts d'choux explorent le monde" (je ne connaissais les éditions du Pommier que pour leurs excellents documentaires scientifiques, je découvre donc avec ce titre le reste de leur production).

Dans ce magnifique album, on suit une petite fille curieuse en visite avec ses parents dans un musée ... poussant une porte entrouverte en bas d'un tableau, elle va traverser des paysages oniriques et faire la rencontre d'une bête redoutable ... un lion noir qui n'en fera qu'une bouchée !!
Mais, surprise, elle ressort vivante de la gueule du lion, et part en sa compagnie visiter ses lieux favoris et jouer avec lui dans ce monde étrange et poétique ...
Très bel album empreint de rêverie fantastique, aux illustrations soignées, qui parle aux petits lecteurs des pouvoirs merveilleux de notre imagination ... un peu trop complexe, pour l'instant, pour mes gremlins, mais dans quelques années, il va sûrement leur plaire !
Ce que je sais de Vera Candida ...
Une journée à l'hôpital, bien sûr, cela signifie quelques bonnes heures de lecture ... en l'occurrence, un livre qui traînait sur ma pile depuis un bon moment :
Ce que je sais de Vera Candida, de Véronique Ovaldé, éd. Piment/France Loisirs (avec l'autorisation des Editions de l'Olivier), Prix Goncourt des Lycéens 2009.

Vera Candida est la fille de Violette, qui est elle-même la fille de Rose Bustamente ... et Vera Candida est la mère de Monika Rose ...
Des mères, des filles, des filles-mères ... un lien qui se tisse, et qui trappe dans sa nasse ces femmes, ces filles, ces mères ...
Sur un île (imaginaire ?) perdue au large d'un continent latino-américain, quel destin attend Vera Candida, fille et petite-fille de prostituées, de femmes perdues, de femmes qui n'osent pas se chercher ? Qui est son père ? Est-ce important ? Vera Candida sera-t-elle condamnée à subir le même sort que sa mère et sa grand-mère, ou aura-t-elle le courage et la force de secouer les fils du destin, de les trancher, pour pouvoir commencer une nouvelle tapisserie plus riche, plus colorée, et surtout, une tapisserie dont les motifs masculins ne seront pas tout à fait exclus ?
J'ai vraiment beaucoup aimé ce roman et je comprends bien ce que le jury lycéen du Goncourt lui a trouvé, tant on s'attache à ces personnages, et notamment à celui de la jeune Vera Candida, qui a décidé de ne pas se laisser bercer par la fatalité, l'hérédité ou la passivité désespérée qui ronge les habitants de Vatapuna. L'écriture est très belle également, parfois poétiquement sensuelle et parfois ironiquement télégraphique, mais toujours très adaptée à ce qu'elle donne à lire.
1984
Non, vous n'avez pas la berlue, je viens bien de lire 1984 d'Orwell juste après avoir lu 1Q84 de Murakami ... et bien sûr, c'est la lecture du second qui m'a poussé à enfin lire le premier, que je ne connaissais que de réputation, honte à moi !

En 1984, Winston Smith, obscur petit gratte-papier travaillant dans l'énorme Ministère de la Vérité, décide de mettre à exécution une idée qui l'obsède depuis longtemps déjà, une idée qui, il le sait, signe son arrêt de mort, car elle est un crime incontestable contre le Parti : écrire un journal intime. Dans un monde où le passé est sans cesse réécrit pour coller aux besoins du présent (et il le sait mieux que tout autre, car c'est son labeur journalier), nulle trace ne doit subsister de la réalité telle qu'elle est vécue par un individu. Dans un monde où chaque individu est observé chaque minute par des télécrans et par tous ceux qui l'entourent, nulle pensée ne peut rester secrète, et la moindre pensée critique est un crime entraînant la mort et même plus, l'effacement complet de la moindre preuve de l'existence d'un tel individu. Dans un monde où l'individu n'existe plus qu'en se fondant dans la masse de ses semblables, Winston sait que ses jours sont comptés, mais il veut croire, désespérement, que la roue de l'Histoire reprendra un jour sa course figée depuis quelques dizaines d'années, et que son journal sera un témoignage de son époque.
Comme tout le monde, je connaissais de ce livre son titre, son auteur, et la figure de Big Brother placardée à chaque coin de rue ... mais je ne connaissais pas les particularités de ce livre d'anticipation (bizarre de parler d'anticipation pour l'année 1984, qui est déjà prêt de 3 décennies derrière nous ...), et surtout son analyse implacable et fine des rouages de la société et de la pensée humaine ... et aussi de son langage, j'ai trouvé les passages sur la novlangue absolument remarquables !
Bref, un livre totalement (et malheureusement, toujours) d'actualité, à lire d'urgence pour ceux qui ne connaissent pas, mais à lire avec un moral d'acier, car évidemment, nous le savons en ouvrant la première page, pas de happy end possible pour Winston ... ni pour l'humanité ...
Merci ma chère Titefée de m'avoir prêté ce roman !!
Et pour la route, une petite citation qui parle justement du langage :
Ne voyez-vous pas que le véritable but du novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? A la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée car il n'y aura plus de mots pour l'exprimer. Tous les concepts nécessaires seront exprimés chacun exactement par un seul mot dont le sens sera rigoureusement délimité. Toutes les significations subsidiaires seront supprimés et oubliées. Déjà, dans la onzième édition, nous ne sommes pas loin de ce résultat. Mais le processus continuera encore longtemps après que vous et moi nous serons morts. Chaque année, de moins en moins de mots, et le champ de la conscience de plus en plus restreint.
Cela prête à réflexion, non ?
1Q84
Aujourd'hui, attention, c'est du lourd, du très lourd, même ! Je viens vous parler de la dernière oeuvre d'un de mes auteurs préférés ! Et j'ai A-D-O-R-E !
1q84, tomes 1 et 2, Haruki Murakami, éd. Belfond.

Par contre, il va être très difficile de vous résumer un peu l'histoire sans trop en dévoiler, donc je vais plutôt vous parler du début du premier tome ...
Deux voix se partagent ce roman ... en alternance, Tengo et Aomamé nous entraînent dans leur vie de tous les jours ... un prof de mathématiques qui rêve de devenir romancier ... une prof de stretching dont les talents sont si particuliers qu'elle parvient à faire passer un homme de vie à trépas sans laisser la moindre trace de son intervention ... tous les deux vivent au Japon en 1984 ... et a priori, il n'existe pas le moindre lien entre leurs deux univers ...
Mais, à son corps défendant, Tengo va se retrouver entraîné dans la réécriture clandestine d'une oeuvre qui concourt pour un prix littéraire décerné aux jeunes romanciers ... une oeuvre fascinante et étrange, presque autant que sa jeune auteure, Fukaéri. Et les talents d'Aomamé vont être sollicités pour une tâche particulière, une tâche dont l'intensité et la difficulté ne lui sont pas cachées au départ, mais vont révéler des profondeurs insoupçonnées.
En 1984, des destinées vont s'entrecroiser, s'entrechoquer, provoquer des bouleversements tels que rien ne sera jamais plus pareil ... en 1Q84, Tengo et Aomamé verront-ils leur route se croiser ?
J'attendais avec énormément d'impatience la sortie du nouveau roman d'Haruki Murakami, après plusieurs recueils de nouvelles ... et je ne suis pas déçue, puisqu'il ne s'agit pas d'un roman, mais d'une trilogie (dont le troisième tome paraîtra en France début 2012). Dans ce roman, on retrouve tout le talent de Murakami, la force et la poésie de son univers particulier et dérangeant, la personnalité ambigüe et parfois troublante de ses personnages, les incursions inopinées du fantastique dans un univers par ailleurs rationnel et terre-à-terre ... bref, son génie !
J'ai franchement adoré ces deux romans, ils se hissent facilement sur le podium de mes oeuvres de Murakami préférées, avec La Fin des Temps et Kafka sur le Rivage. Je sais que certaines d'entre vous hésitent à les lire ; n'hésitez plus ! La violence et la sexualité ne sont pas plus choquantes dans cette trilogie que dans ses autres livres, ni plus présentes (et si vous avez lu Le Monde selon Garp, par exemple, je crois que vous ne craignez plus grand'chose à ce niveau-là ...) pour répondre aux craintes exprimées par certaines, suite à des échos critiques.
Merci à Babelio et aux éditions Belfond de m'avoir permis de lire ces livres dans le cadre de l'opération Masse Critique !
Le caveau de famille
Est-ce que vous vous souvenez de mon billet sur le livre Le mec de la tombe d'à-côté, de Katarina Mazetti ?
Eh bien, figurez-vous que cette Suédoise à la dent dure a eu la bonne idée de passer de l'autre côté du miroir et de nous raconter le reste de la vie de ses deux anti-héros, la Crevette et le Paysan, dans ce livre : Le Caveau de Famille, aux éditions Gaïa.

Nous avions laissé Benny et Désirée à la fin du livre précédent dans une situation bien particulière. Séparés, ils avaient pourtant décidé de se revoir trois fois, pour faire taire l'horloge biologique aux abois de Désirée et tenter, je dis bien tenter, de faire un enfant ... mais trois nuits d'amour avec un enfant pour excuse, quel genre de vie est-ce donc ? Et que va-t-il se passer après ces trois moments volés ? Cela suffit-il pour construire une nouvelle vie ?
Difficile de résumer ce livre sans trop en dire ... on ne peut bien sûr pas s'empêcher de citer la quatrième de couverture, qui cite elle-même un critique suédois : "Le quotidien tue l'amour, la vie de famille l'enterre." Cela semble résumer tant de choses ... exit l'ironie légère du premier livre, dans celui-ci, le miroir que nous tend l'auteure n'est plus celui de la rencontre d'un homme et d'une femme, mais celui de la vie d'un homme et d'une femme ... d'accord, elle prend des exemples extrêmes, une intello et un payson, mais qui ne reconnaîtra pas au moins un peu son couple, dans ce miroir ... ce n'est pas l'amour qui manque entre eux ... même si son intensité varie au fil des saisons, comme celle de la lumière ... mais l'incompréhension entre un homme et une femme, culturellement, ça pèse ... et autant pour notre image un peu idyllique de la Suède, ce pays formidable où le congé maternité dure un an, et peut être pris par le père ou par la mère, ou par les deux successivement ...
J'ai aimé ce livre, c'est sûr, et j'étais ravie de retrouver des personnages que j'avais beaucoup aimé dans le premier opus ... mais il est difficile de garder la même distance avec leur histoire que dans le premier livre ... ils s'aiment, et le bonheur est là dans leur vie, mais ce n'est pas toute leur vie ... et j'avoue que la fin m'a un peu interloquée !!





