Ce début d'année n'a pas été très prolifique en lectures ... pourtant, je lis le soir, mais je suis plongée dans une série de mangas, Fruits Basket, 23 tomes en tout, j'en suis au 20ème ... du coup, je n'ai rien lu d'autre ... sauf la semaine dernière, ou, pour aller à mon rendez-vous à l'hôpital, et anticipant l'attente, j'ai emmené un livre que je venais de recevoir dans le cadre de mon partenariat avec Hachette :

Logo partenaire Hachette Romans Jeunesse

Le Chat sur le Mur, de Deborah Ellis, éd. Hachette Romans.

03 Chat sur le mur

Claire est un drôle de chat. En fait, Claire n'est pas un chat, c'est une fille de 13 ans qui, à sa mort, s'est retrouvé réincarnée en chat. En chat errant. En chat errant dans les terrains vagues qui bordent un mur. Qui bordent le Mur. Le Mur séparant quartiers israéliens et quartiers palestiniens d'une petite ville de Cisjordanie où, il y a longtemps, un miracle aurait eu lieu : Bethléem.

Pourtant, Claire n'a qu'une vague idée de ce qui se passe entre les palestiniens et les israéliens. Dans sa vie d'avant, Claire était une jeune Américaine ordinaire, pas particulièrement méchante, mais pas particulièrement gentille non plus. Elle ne s'est jamais vraiment soucié de ceux qui l'entouraient, sauf si elle pouvait y avoir un intérêt. Alors, des histoires de conflits à l'autre bout du monde, cela ne l'intéressait pas du tout. Autour d'elle, il y avait ses parents, en qui elle n'avait pas confiance, sa petite soeur, à qui elle menait la vie dure, les amies de la petite bande dont elle était le leader, et les professeurs, qu'elle dupait aisément avec son attitude d'élève sans histoire. Sauf une. Sa nouvelle prof principale, Mme Sealand, la responsable de tous ses ennuis. Enfin, pour autant que mourir à 13 ans puisse être classé dans la catégorie "ennuis".

Dans son nouveau corps de chat, Claire va assister à une scène étrange : celle où deux jeunes soldats israéliens, en mission de surveillance, vont se mettre en planque dans une petite maison d'un quartier palestinien. Pour fuir une bande de chats apparemment bien décidés à l'étriper, Claire se réfugie avec eux dans cette petite maison. Et partage pour quelques heures irréelles le quotidien de ces hommes, ainsi que celui de l'autre occupant de la maison.

Un chat a-t-il la moindre chance de changer quoi que ce soit dans ce climat de violence et de haine exacerbée, où la plus petite étincelle peut mettre le feu aux poudres et tourner à la tragédie ? Et s'il en a la possibilité, en aura-t-il un jour l'envie ?

Il ne faut vraiment pas plus de quelques minutes pour se laisser prendre au jeu de ce roman destiné à un jeune public (collégiens et lycéens), mais que je recommenderais volontiers à tous. Quelques pages pour se trouver immergé dans l'atmosphère pesante de cette maison, happé par le tourbillon de souvenirs et de rancunes qui hantent Claire, piégé entre ces personnages antagonistes, les assiégés et les occupants, les soldats et l'enfant... le Bien et le Mal ? Mais où se trouve la frontière entre les deux ? La haine est-elle héréditaire ? La violence une somme d'incompréhensions répétées à l'infini, amplifiées par les armes et la peur ? La tragédie est-elle la seule issue possible ?

Le personnage de Claire n'a a priori rien pour susciter l'empathie, on découvre au fil des pages et des souvenirs de Claire une adolescente manipulatrice et plutôt antipathique. Les deux jeunes soldats, eux, ne se dévoilent qu'à demi, mais laissent entrevoir bien autre chose qu'un simple engagement militaire ou patriotique, les doutes, les "on dit que", les images stéréotypées ...

Je n'ai pas lu les premiers romans de Deborah Ellis, auteur canadienne mondialement connue pour sa trilogie Parvana, une enfance en Afghanistan, mais cette première lecture me donne très envie de m'y plonger, car j'ai trouvé qu'elle abordait sans pathos, avec beaucoup de retenue et de pudeur, mais en même temps avec un regard clair et lucide, une situation aussi complexe que celle du conflit israélo-palestinien... ou que la psychologie adolescente. Pas de coupable désigné mais pas de fatalité ... pour une personne militant dans la paix dans le monde, à côté du constat inexorable du mécanisme implacable de la violence et de sa reproduction, il y a toujours une lueur d'espoir, mais si ce n'est qu'un éclat fugitif dans la pupille d'un chat.

Et en lisant ce livre, j'ai aussi repensé à Lady, ma vie de chienne, de Burgess, lu il y a très longtemps, et où on suit aussi le quotidien d'une adolescente brutalement transformée en chienne. Ou comment la métamorphose animale permet de réflexions intéressantes sur la psychologie des adolescents occidentaux.

Merci aux éditions Hachette pour cette belle découverte.

PAL 2016 3 sur 44