Comme je vous l'avais annoncé, je participe cette année pour la première fois aux Matches de la Rentrée Littéraire organisés par Price Minister.

matches rentrée littéraire 2013

Et comme l'une d'entre vous m'a désignée comme marraine, j'ai eu le droit de choisir deux titres dans l'alléchante liste qui nous été proposée. Mon choix s'est porté sur deux auteurs que je connaissais déjà, Laura Kasischke pour Esprit d'hiver et Barbara Kingsolver pour Dans la lumière.

J'ai commencé (espérant garder le plus optimiste pour la fin, sans doute) par celui de Laura Kasischke, Esprit d'hiver, aux éditions Christian Bourgeois.

44 esprit d'hiver

Holly est une mère comblée par sa fille adoptive Tatiana, belle adolescente de 15 ans, et une épouse heureuse aux côtés de son mari Eric. Mais ce matin de Noël, alors qu'elle se réveille en retard dans une maison silencieuse et cerné par un blizzard blanc, Holly sent au plus profond de ses tripes que quelque chose risque de se produire, quelque chose qui les avais suivis depuis la Russie jusque chez eux. Et cette certitude lancinante devient le leitmotiv de cette journée étrange et irréelle, de cette journée où rien ne se déroule comme un Noël normal, cette journée où lui revient, crucifiant, le besoin d'écrire qui l'a désertée depuis des années ... Cette journée où ce qui fut caché se révèle, ravageant tout sur son passage, les certitudes et les défenses rassurantes dressées autour d'elle.

Laura Kasischke a vraiment un don hors du commun pour instiller le doute et le chaos là où semble régner l'harmonie et le bonheur tranquille, pour bouleverser les apparences et égratigner avec justesse le vernis impeccables de ces vies rêvées ... je l'avais déjà découvert dans le premier roman que j'avais lu d'elle, La Vie devant ses yeux, qui en avait été une éblouissante démonstration (et je vous conseille vivement de le lire). Manifestement, les années passant, cet auteur magistral ne perd rien de sa plume précise, poétique et acérée, ni de son sens de l'observation et de sa capacité à voir au-delà de cet american way of life tant venté par les films et les romans américains.

Le mode de fonctionnement de son roman est un peu le même que celui des autres que j'ai pu lire, avec une chute qui éclaire de façon totalement renversante tout ce qui précédait, mais elle emprunte également à une illustre prédécesseuse, Virginia Woolf, le déroulement de son intrigue sur une journée, à l'image de Mrs Dalloway (et peut-être avez-vous The Hours, un excellent film qui mêlait fiction et réalité autour de ce célèbre roman et de sa non-moins célèbre génitrice), et le prétexte de la préparation d'une réception festive. J'ai beaucoup aimé ce parallèle.

D'autre part, la découverte progressive de l'histoire personnelle et familiale d'Holly, de ses rapports avec sa mère, ses soeurs et son corps marqué par le destin familial et de la famille qu'elle se crée en partant en Sibérie à la recherche d'une enfant qui elle pourrait échapper à cette terrible hérédité, tout cela m'interpelle fatalement en tant que femme, en tant que mère. Du coup, j'ai été encore plus sensible à ce drame qui se noue devant nos yeux, et qui était pourtant en gestation depuis le départ ... et cela explique sans doute que j'ai dévoré ce roman en moins de deux jours, le finissant au grand damn de mon mari tard dans la nuit à la lumière de la lampe de chevet ...

Une lecture forte et poétique que je vous recommande sincèrement, et je remercie Price Minister pour cette lecture ! Il ne me reste plus qu'à entamer la seconde, maintenant, puis je vous ferai part de ma préférence entre les deux ... si j'arrive à choisir !

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