Comme je vous le disais, je passe d'un univers à un autre totalement différent en ce moment avec mes lectures.

Cette fois-ci, je suis repartie au Japon, avec ce roman :

Manazuru, de Hiromi Kawakami, éd. Picquier Poche.

28 Manazuru

Un jour de printemps, ou plutôt, de la fin de l'hiver, Kei se rend à Manazuru, une ville en bord de mer qui lui est inconnue, sur un coup de tête. Là, elle se laisse un peu glisser dans ses souvenirs, les souvenirs de sa vie actuelle, avec son amant Seiji, mais aussi les souvenirs de sa vie d'avant, avec son mari, Rei, disparu du jour au lendemain sans laisser de traces. Ou est-il allé ? Pourquoi l'a-t-il laissée seule avec leur fille de 3 ans, Momo, aujourd'hui adolescente ?

Kei a une vie banale, une vie faite de petits riens qu'elle se prend parfois à regarder de l'extérieur, avec curiosité. Mais Kei n'est pourtant pas toujours seule, des présences ou des ombres flottent parfois à ses côtés, étranges mais pas forcément dérangeantes ... Kei oscille entre la poésie sans mots du monde réel, et le flottement aérien d'un autre monde ... et nous entraîne dans cette oscillation parfois dangereuse.

Voici un roman tout à fait surprenant, dans la mesure où il passe sans transition de la description minutieuse et intense d'un moment du réel à un épisode onirique ou quasiment fantastique. Il est difficile de savoir où se situe la frontière entre la réalité et le rêve, entre le souvenir et la folie ... mais on se laisse bercer par la poésie du texte, par le dépaysement de toutes ces petites choses issues d'une culture si différente de la nôtre, par le parcours de Kei, ses angoisses, ses interrogations et ses espoirs ... un moment de lecture étrange et délicieux, qui vous laisse avec un léger tournis et le sentiment de revenir de très loin ...

PAL 28 sur 56

Ah oui, et il me semblait bien avoir déjà lu un livre de cette auteure, il s'agissait de Les Années Douces, également chez Picquier, et qui sort en manga, en deux volumes (que j'ai découverts à la Japan Expo et sur lesquels j'ai réussi à ce pas craquer, félicitez-moi !), sous la plume d'un de mes mangakas favoris, Jiro Taniguchi. Si vous voulez lire ma critique de ce livre, lu en 2006, c'est par là, et si vous voulez voir à quoi ressemble le manga, c'est par ici.